TRAVERSÉE Canaries - Cap-Vert |
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20 décembre (jour 1 : 66 milles en 12 heures)Quittons les Canaries à bord des alizés en direction du Cap-Vert, à 746 milles au sud-ouest de Gomera. Naviguons d’abord au grand largue* en admirant au loin les îles de La Palma, Tenerife et El Hierro, puis par vent arrière avec génois tangonné* sous 20 nœuds* de vent. La mer est agitée. Herb nous conseille de prendre de l’ouest pour s’éloigner des côtes d’Afrique où il y aura une forte accélération du vent dans quelques jours. Grand largue Allure portante où le bateau reçoit le vent
sur le flanc par l'arrière. 21 décembre (jour 2 : 120 milles)Belle navigation de nuit sous une lune extraordinaire, tellement brillante qu’il fait jour même sous les nuages. En soirée, le vent faiblit légèrement. Nous devrions dormir un peu mieux. 22 décembre (jour 3 : 132 milles)Encore une belle nuit au clair de lune. On nous explique que la Lune est en ce moment à son point le plus rapproché de la Terre et que c’est pour cela qu’elle nous paraît si grosse et si brillante. Une merveille pour la navigation de nuit. Journée facile sous 15 nœuds, mais Herb nous annonce une accélération du vent en fin de journée. Remplaçons le grand génois par le foc* et continuons au grand largue aidés de la grand voile réduite à 3 ris*. Le foc est la voile d'avant la plus couramment utilisée. Le
nôtre couvre 80 % du triangle avant. 23 décembre (jour 4 : 146 milles)Le vent a pris beaucoup de force depuis hier (maintenant à 25 nœuds) et la mer qui se creuse commence à nous envoyer des gerbes d’eau. Les vagues ont de 3 à 4 mètres de haut. Il est temps de fermer la porte du cockpit. Affalons la grand voile pour être plus tranquilles durant la nuit. 24 décembre (jour 5 : 140 milles)Comme l’avait prévu Herb, le vent passe à 30 nœuds, puis à 35, et la mer se creuse davantage. La houle de 4 à 5 mètres nous frappe de plus en plus souvent. Pour adoucir les mouvements du bateau, il faut maintenant assister le régulateur. Autrement, il est difficile de chevaucher efficacement la mer qui nous présente à l’occasion des déferlantes de 6 mètres. L’une d’elles remplira le cockpit sans crier gare. Par sécurité, on porte maintenant nos harnais en barrant. 25 décembre (jour 6 : 147 milles en 26 heures)Nous approchons à grande vitesse de Sal, mais la partie n’est pas encore gagnée. Au moment où nous apercevons l’île, le vent souffle à 20 nœuds et nous naviguons au grand largue sur une mer encore grosse. Nous repérons deux montagnes tellement loin l’une de l’autre que nous concluons bêtement qu’il s’agit de deux îles distinctes. On en oublie que suivre la route indiquée par le GPS nous mènerait à passer à travers l’île et qu’en Afrique, il ne faut pas trop se fier aux aides à la navigation. C’est donc dans la nuit noire, avant le lever de lune, que nous nous engageons vers la quasi catastrophe : non! ce ne sont pas deux îles distinctes et nous faisons route vers la côte, sous voile, en nous guidant sur un phare qui n’est pas à l’endroit prévu. C’est l’écume des brisants autour de nous et la violence des gerbes d’eau qui nous font comprendre que nous sommes sur le point de nous échouer. Démarrage du moteur (qui semble prendre une éternité à se mettre en route), demi-tour, affalement du foc et pleins gaz pour sortir de là. Il fait noir comme chez le loup, il faut lutter contre vent et embruns pour s’éloigner de la côte et vite refaire le point. Ouf! le voyage aurait pu se terminer ici. Aucune excuse; nous pensions que l’atterrissage serait évident… Ce n’est pas tout d’avoir un bon bateau; encore faut-il bien le mener. Nous mettrons deux heures pour parcourir les cinq derniers milles. Ancrés à 23 h, couchés à minuit, on se fait réveiller très cavalièrement à 2 h du matin par l’équipage d’un deux mâts allemand qui exige qu’on se déplace pour faciliter sa manœuvre (+NMU). Un brin de politesse de sa part aurait rendu l’opération tout autre. Voici un Noël dont on se souviendra longtemps. |
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