LE SAINT-LAURENT  Cap-Chat  -  Sydney

15 juillet (42 milles)

On se la coule douce en attendant le vent. Départ vers 1 h sous grand génois* et grand voile. Denise nous suit en voiture. Le vent qui s’installe nous force bientôt à prendre un ris, puis deux*. Essuyons deux bons orages, le deuxième particulièrement violent. Le bateau le prend bien, mais c’est dur sur le matériel. La prochaine fois, nous affalerons* le génois avant l’arrivée du coup de vent. En pleine mer au moins, il n’y aurait pas eu de côte à éviter. Mouillons dans l’anse de Mont-Louis vers 20 h 30. Un fort vent katabatique* nous tiendra éveillés une bonne partie de la nuit.

Le grand génois est notre voile de beau temps. Elle couvre 150 % du triangle avant.
Le ris fait référence à un système de réduction de la surface de voile exposée au vent. À trois ris, la grand voile est à son plus petit.
Affaler Faire descendre une voile rapidement.
Vent katabatique Vent qui descend une montagne.

 

16 juillet (58 milles)

Remplaçons le génois par le foc et serrons légèrement l’étai* et le pataras*. Partons sous un vent d’ouest soufflant à 20 nœuds vers 8 h 30. Le vent augmente vite à 25 nœuds et la mer se creuse, mais l’allure vent arrière rend la navigation facile. Voyons une baleine tout près. Le vent tombe vers 16 h 30. Jetons l’ancre à Rivière-au-Renard vers 20 h 10. Appelons la Garde côtière pour avoir des nouvelles du Pierre de Lune II, parti une semaine après nous de Montréal. Apprenons que Pierre et Lucette ont quitté Gaspé en après-midi pour Canso. Les verrons-nous en Atlantique?

Étai Câble reliant le haut du mât à l'avant du bateau.
Pataras Câble reliant le haut du mât à l'arrière du bateau.

 

17 au 19 juillet (263 milles)

Départ vers Forillon et le grand golfe vers 6 h 35. Sydney est à 263 milles nautiques. Un groupe de globicéphales salue notre départ de la côte. Voguons grand largue* à 6-7 nœuds, d’abord à pleines voiles, puis réduisant progressivement à trois ris dans une mer de trois mètres.

Grand largue Allure portante où le bateau reçoit le vent sur le flanc par l'arrière.

Ouf! Quel bordel ce golfe du Saint-Laurent. Sa traversée n’est jamais facile. La météo annonçait du vent favorable de force raisonnable pour les trois prochains jours et qu’est-ce qu’on ramasse? Du vent portant soufflant à 30 nœuds tout l’après-midi en formant les plus épuisantes montagnes russes. Avec trop de vent pour tangonner* en sécurité, on fera des bords de grand largue. Le tout baissera pendant la nuit pour nous laisser avec la houle et bien peu pour remplir les voiles qui chahutent. Contrairement aux prévisions, c’est un vent d’est qui prend place le lendemain. On s’en tire en faisant du près* dans le petit vent contraire, ce qui double la distance.

Tangonner Installer une armature (tangon) pour éloigner la voile avant du bateau.
Près
Allure serrée où le bateau reçoit le vent par l'avant.

Comme la météo annonce des vents de tempête pour mardi, on choisit de prendre les moyens pour être à Sydney avant mardi. Donc : moteur! Entre temps, le petit vent contraire prend de la force et forme une mer que nous devrons chevaucher sous la pluie dans la brume toute la nuit. 

Le moteur, lui, continue de nous faire suer... pour faire changement. Quand on tape dans la vague, la pression d’huile chute et fait hurler l’alarme quelques secondes, ce qui ajoute au nouveau stress causé par la pompe à eau. L’étage eau de mer de la pompe pisse dans la panne moteur qui déborde dans la cale. Comme la flotte de la pompe de cale n’apprécie pas le mélange eau-huile, il faut pomper à la main toutes les heures. Pour une fois que Michel suivait les recommandations en installant les joints d’étanchéité venant avec les turbines! L’étanchéité n’est pas aussi bonne qu’avec du silicone. Pour ajouter un peu de piquant à l’aventure, le silencieux refroidi par l’eau se rupture et pisse de l’eau et des gaz d’échappement partout sous le cockpit. Voilà l’explication du petit bruit suspect qui fatiguait Michel. Nous avons maintenant un sauna à bord qui répand eau salée et suie partout. Enfin! Moteur éteint, Michel remplace le silencieux par un bout de tuyau de 1½ po.

On profite de l’arrêt pour prendre un bain. Quel bonheur! L’eau est beaucoup moins froide que celle du fleuve. Et voici que sort de la brume un voilier blanc (Non Such 31), le premier que nous voyons depuis Rivière-au-Renard. Le golfe nous réserve décidément bien des surprises!

Nous passons le cap Breton sous la pluie, dans la brume, vent dans le nez, vague de travers, sans même le voir. En récompense, nous y voyons nos premiers dauphins. On dirait des enfants qui gambadent dans un grand parc en rigolant.

Le vent finit par être favorable. On en profite pour lever les voiles vers Sydney. Comme c’est reposant. Jetons l’ancre dans la baie de Sydney vers 20 h.

Rien n’est gratuit. Pourtant on en parle en rêve toute l’année, on ne se souvient que du laisser-aller, de la paresse, du beau temps quoi! En fait, il y a aussi les nuits à se réveiller aux deux heures, à cogner des clous, à affronter la pluie, le froid, les grains, les vents que la météo ne prévoit pas, le plaisir de réparer tout ce qui casse et s’use, les arrivées au port qui s’étirent à n’en plus finir. Non, cette vie là n’est pas pour les fainéants. Un souffle de baleine, un troupeau de dauphins, un régulateur d’allure qui fonctionne avec les voiles en ciseaux, un beau coucher de soleil, un moteur qui va bien nous fait oublier tout ça et la galère devient croisière et la vie si jolie.

 

20 juillet

C’est au tour du frigo à nous faire des peurs. Une saleté ou un peu d’humidité semble bloquer en partie le passage du gaz. Le gel se fait sur la ligne de haute pression à l’extérieur du frigo. En chauffant l’endroit à quelques reprises, on arrive éliminer le problème, pour l’instant, du moins.

Faisons un tour de ville à pied et un brin de causette avec les gens du coin qui sont charmants. Visitons le Bluenose II accosté au quai voisin. Quel magnifique géant des mers (161 pi). Rendons aussi visite au bateau de la Garde côtière qui nous invite à passer le lendemain pour obtenir un fax météo.

Passons l’après-midi à nettoyer les coffres et le matériel rangé sous le cockpit, et une partie de la soirée à faire du lavage. La routine quoi!

 

21 juillet

Au saut du lit, Michel part à la recherche de nouveaux joints d’étanchéité pour la pompe à eau. Nous avions commandé ces pièces à Montréal avant de partir, mais dans la course finale, nous avons oublié d’aller les chercher… Cette fois, elles viendront de Toronto. Pourquoi changer une formule gagnante! Un charmant résidant du coin offre de nous véhiculer. Michel saisit l’occasion pour apporter la bonbonne de propane à remplir. John promet d’être là pour nous le lendemain matin.

Assistons ensuite à l’accostage du Bluenose rentrant d’une sortie à voile. La manœuvre est vraiment la même que pour nous. C’est la dimension qui surprend. Ce soir, ce sera au tour du Parizeau de la Garde côtière à appareiller. Dave Munn, second officier du bord, nous remet un fax météo et certains documents mis de côté à notre intention par le capitaine que nous n’aurons pas le plaisir de rencontrer. Voyant son intérêt, nous lui remettons la carte de notre itinéraire.

Comme on ne peut pas travailler sur le moteur, Michel prend le temps de remplacer le ventilateur du frigo par un meilleur. Pour accéder à l’endroit, il faut toutefois vider la réserve d’eau installée à tribord, puis retirer la citerne du coffre. Pourquoi pas, on est en vacances après tout!

 

23 juillet

Ça y est, la décision est prise, nous partons en fin de journée sur l’Atlantique. Comme le golfe nous a un peu ébranlés avec ses extrêmes de vent et de calme, et que les gens et  la météo locale de Sydney annoncent des vents de force tempête régulièrement, nous redoublons de prudence avant d’appareiller. Il faut dire que la géographie du golfe crée des conditions de navigation assez délicates dans le détroit de Cabot. Mais nous voilà à la fin d’un avertissement de coup de vent (34 à 40 nœuds ); il devrait rester assez de vent pour se déplacer convenablement.

 

Avant le départ

 
 
 

Après l'orage

 
 
 

Première nuit dans le golfe

 
 
 

Bye bye Gaspésie

 
 
 

Le golfe du Saint-Laurent

 
 
 

Gare maritime de Sydney

 
 
 

 

Le Bluenose II

 
 
 

Garde côtière canadienne

 
 
 

Un coin d'océan