MADÈRE   Madère

 

4 octobre (13 milles)

Après une nuit fort rouleuse, partons au matin en longeant l’île de Madère pour nous rendre à Funchal au portant*. Pierre de Lune II décide de nous suivre en se disant que le mouillage à Funchal ne peut pas être plus inconfortable que celui de Machico. Nous apprendrons en arrivant que la nuit a été aussi inconfortable ici. C’est parfois le prix à payer quand on est au mouillage.

Portant Allure où le bateau recoit le vent  par l'arrière: vent arrière ou grand largue.

Aux premiers abords de Funchal, c’est le coup de foudre! Dire qu’une rumeur aurait pu nous faire manquer ça. Quel spectacle! Vingt et un bateaux sont déjà au mouillage. Ça en fera maintenant vingt-trois.

 

Madère la toute belle

Même si le port de Funchal est fréquemment « rouleur » et surpeuplé (nous serons par moments 29 bateaux au mouillage), il demeure incontournable. Situé au cœur de la ville avec vue imprenable sur l’étalement urbain à flanc de montagne, ce port dynamique doté d’une marina remplie à 80 % par des locaux, mérite qu’on s’y arrête.

Oui, la houle et les vents du sud-est rendent le mouillage inconfortable. Parfois, un bateau vient, par manque de jugement ou par maladresse, jeter sa pioche un peu trop près. Et les eaux du port sont régulièrement brunies par les sédiments des rivières qui s’y jettent. Mais le mouillage est gratuit; les douches aussi.

Madère défie toute comparaison et toute description. C’est beau comme un coup de foudre! Falaises immenses, végétation luxuriante, cultures en terrasses, levadas, monuments historiques, trottoirs de mosaïque, musées variés, jardins tropicaux.

On dit du peuple de Madère « qu’il a su, tout au long des siècles, construire de surprenants paysages humanisés sans détruire l’œuvre du Créateur ». Encore aujourd’hui, quand on y regarde de plus près, on constate que Dame Nature est assistée par une troupe de lutins. On les voit partout, seuls ou en équipes, planter des fleurs, tailler les arbres, améliorer le réseau d’irrigation, nettoyer le bord des plages, entretenir sentiers, rues et trottoirs, bâtir des ponts pour enjamber les profondes crevasses, restaurer les bâtiments. Même les quartiers pauvres ou abandonnés de la ville sont propres.

 

5 au 19 octobre

Il y a tant à voir ici qu’on peut toujours s’ajuster au temps qu’il fait pour choisir l’activité de la journée. Les jours où nous communiquons avec les copains radioamateurs de Montréal (midi, heure locale), nous traînons à Funchal. Autrement, nous partons en randonnée sur la côte ou dans la montagne, en alternant avec Pierre de Lune II pour assurer la surveillance des bateaux en cas de coup de vent. Il fait en général très beau, mais nous ne sommes jamais à l’abri des caprices de la nature.

Trois jours après notre arrivée, partons en randonnée à la découverte des fameuses levadas qui sillonnent l’île sur environ 1250 km. Presque la moitié de ces petits canaux servant au transport de l’eau étaient en place en 1900. Depuis les années 1970, l’irrigation est même combinée à l’hydroélectricité : une grande partie de l’eau de pluie récoltée à la tête des montagnes est acheminée vers des turbines (installées à près de 1000 m) avant de passer au réseau d’irrigation. En suivant les sentiers le long de ces levadas, on accède au cœur de la nature et, oh merveille! il n’y a pas de moustiques.

Notre longue ascension nous fera comprendre qu’il vaut mieux prendre l’autobus pour monter que pour descendre. Mais nous verrons en route notre premier avocatier, immense, ployant sous les fruits et, comme des enfants, nous volerons un fruit à l’arbre. Après un bon deux heures de montée ponctué de plusieurs haltes, nous croisons enfin une levada. Le sentier, bordé d’agapanthes en fleur, passe au cœur d’une forêt d’eucalyptus. On y trouve aussi des tapis de capucines, des mimosas qui commencent à fleurir, des hortensias, et des lauriers de toutes sortes. Il y a de quoi devenir fou. Au retour, émerveillé, Michel appelle sa mère pour l’inviter à venir nous rejoindre.

Comme nous avons un faible pour la végétation, nous passons beaucoup de temps à admirer fleurs et jardins. On dirait que tout pousse ici : oranges, citrons, limes, poires, pommes, cinq variétés de fruits de la passion, pommes cannelle (annonier), pommes grenade, bananes, avocats, christophines, figues, papayes, mangues, goyaves, châtaignes, etc. Il faut tenir les mains derrière le dos pour résister à la tentation de cueillir ces merveilles (on n’y arrive pas toujours!). Il est facile de comprendre pourquoi le grand marché de Funchal présente une telle abondance. On y trouve aussi un immense marché de poisson; le délice local est l’espada, affreuse anguille noire des grandes profondeurs dont la chair très blanche serait délicieuse. Mais il faut beaucoup de courage pour se convaincre d’acheter l’horrible bête.

Côté plantes, nous découvrons avec stupéfaction que le poinsettia et le houx, présentement en fleurs, sont de grands arbres.

 

20 octobre

Le beau temps installé depuis notre arrivée cède la place à un front important. Quel dommage, c’est ce soir que Mme Laforest arrive. Le vent prend tellement de force que nous remettons la randonnée prévue. Soudainement un bateau se met à chasser. Alors que nous le surveillons dans l’espoir qu’il se raccroche de lui-même, notre ami Claude, du Triane, arrive en vitesse en criant « Viens mon gars, il faut sauver ce bateau. »

Michel doit négocier avec le gros berger allemand du bord avant d’embarquer sur le bateau à la dérive. Mais il faut faire vite et la suite des événements est affolante. Michel laisse d’abord filer le restant de chaîne pour aider l’ancre à se raccrocher. Ça ne fonctionne pas. Pendant ce temps, Claude cherche à comprendre l’installation du bord. Démarrage du moteur : Zut! c’est une génératrice. Il finissent par comprendre. Démarrage du moteur et marche avant pour s’approcher de l’ancre. Mais les batteries sont trop faibles pour actionner le guindeau. Il faut remonter l’énorme chaîne à la main. Pendant ce temps, le moteur se met à fumer. Pourtant, l’eau de refroidissement crache derrière. C’est celle la génératrice. Impossible de trouver la vanne d’entrée d’eau moteur dans cette fumée. Tant pis, il faut avancer pour ne pas finir sur les cailloux et tout perdre. Nouvel ancrage avec toute la chaîne. Ça chasse encore et le guindeau est mort. Appel à l’aide sur le 16. Pas de réponse. Contact avec Pierre de Lune II qui réussit à joindre les secouristes. Un Français (Patrick de Arion) et un Norvégien (Chris du Woodrose) viennent prêter main forte. Chris trouve la vanne d’eau du moteur. Malheureusement, le tuyau d’échappement est déjà endommagé et une partie de l’eau de refroidissement gicle à l’intérieur. Les secouristes arrivent et suggèrent l’installation d’une deuxième ancre. Encore faut-il la trouver. Mouillage de la 2e ancre. Le bateau est maintenant en sécurité. Arrêt du moteur et de la génératrice. Reste à trouver la pompe de cale pour vidanger l’eau de refroidissement accumulée. Rédaction d’un mot au propriétaire avant de partir pour résumer la situation. Chacun retourne chez soi; le chien se demande encore s’il aurait dû bouffer les sauveteurs au lieu de les accueillir. Nous apprendrons le lendemain que le propriétaire a apprécié le geste. (Légalement, il est risqué de tenter de sauver le bateau d’un autre.)

Le vent commence à montrer des signes d’essoufflement. Nous pourrons donc aller ensemble à l’aéroport. Heureusement d’ailleurs, car une fois là-bas, nous apprendrons que l’avion a trois heures de retard. Mais le temps s’est calmé et la nuit s’annonce belle.

 

21 octobre au 1 novembre

Madère nous rappelle qu’on est en automne avec quelques jours de grand vent et d’orages qui nous forcent à assurer une surveillance au bateau. Ni les déplacements quotidiens en pneumatique du bateau à la terre ferme, ni le fort roulis, ni la pluie, ni l’exiguïté du bateau n’arrivent à lézarder le moral de Suzanne. Il en faut plus que ça pour ébranler la mère de Michel qui tombe, elle aussi, sous le charme de Madère.

Nous découvrons pendant son séjour le bon goût des marrons chauds. (Bien qu’on les appelle marrons, il s’agit en réalité de châtaignes; les marrons ne sont pas comestibles.) Comme nous sommes en plein cœur de la saison, il y en a partout. On peut même en ramasser le long des sentiers. Pour les faire chauffer sans danger, il suffit d’entailler l’enveloppe extérieure avant de les mettre au BBQ. C’est prêt dès que l’enveloppe s’ouvre. C’est avec Suzanne que nous goûtons aussi à l’espada. Réaction unanime : bon, sans plus. Faut-il blâmer la cuisinière?

Au hasard d’une de nos promenades, un charmant luthier (Carl Jorge) nous invitera dans son atelier le temps d’une averse. On se fera aussi traiter aux petits oignons sur Pierre de Lune II, puis Mauna Loa. Tous deux partiront vers les Canaries le vendredi 29, jour où nous allons en expédition du côté nord de l’île. À notre retour, nous découvrirons que les copains nous ont laissé un cadeau de départ : avocats de l’un, chocolat de l’autre. Il faut croire qu’on nous prend pour des gourmands!

 

2 et 3 novembre

Après plusieurs jours de très beau temps, le vent reprend accompagné d’une forte houle d’est. Nous hésitons à quitter le bateau. C’est l’automne et il fait froid.

 

4 et 5 novembre

Comme les cartes météo prévoient une dépression importante sur Madère, nous décidons d’aller nous réfugier à l’intérieur de la marina avant que ça nous tombe dessus. Il suffisait d’y penser pour que le mauvais temps change de direction. Installés à l’épaule des autres, il nous faut enjamber trois bateaux pour atteindre le quai. Mais c’est quand même le grand luxe, car on n’a pas à prendre l’annexe pour se rendre à terre ni a lutter contre le roulis.

 

6 novembre

Un énorme catamaran privé de 37 mètres, avec jacuzzi sur le pont, vient faire escale dans le port. Retournons nous faire bercer à l’ancre en fin de journée. Les copains, trop bien à l’intérieur, ne nous suivent pas. Il faut dire qu’il y a encore une forte houle dans le port. Herb nous annonce deux jours de vent du sud-ouest; donc, pas de départ possible avant lundi soir.

 

7 novembre

Très longue randonnée de long de la levada reliant Queimadas à Curral das Freiras. Nous optons pour les sentiers difficiles menant tantôt le long d’abîmes vertigineux, tantôt au creux de tunnels. C’est fabuleux, mais il faut surveiller où on met le pied. Et ça grimpe…

 

8 novembre

La communication du matin avec un radioamateur local (Claude) nous aide à mieux comprendre le fonctionnement de la radio du bord. Passons une bonne partie de la journée au quai commercial où sont amarrés quatre paquebots dont un immense catamaran. Herb nous donne le feu vert pour partir le lendemain.

 

9 novembre

Réglage de la compression du son de la radio, puis rencontre de Claude et Josiane, en visite chez leur fille.

Alors que nous sommes sur le point de lever l’ancre, le bateau norvégien Storefree se met à chasser rapidement vers la plage. Michel part en annexe vers le voilier avec des amarres pendant qu’Antoine, du bateau voisin, s’y rend à la nage. Martine saute sur le porte-voix pour convaincre quelqu’un d’avertir le poste de sauvetage. Nous réussissons à freiner le bateau à la dérive en le retenant par nos amarres en s’aidant d’un winch. Un canot motorisé vient nous prêter main forte en fixant au voilier l’amarre d’un croiseur assez puissant pour le tirer de là. Voulant réancrer le bateau, Antoine découvre que c’est la manille qui s’est ouverte et que l’ancre est toujours au fond. Nous repartirons avant de connaître la fin de l’histoire, en saluant au passage Antoine et Babette du Kouros.

Arrivée à Funchal

Funchal

La belle sirène de Funchal

Marina

Côte sud-ouest

Levada

Michel

Un grand cousin!

Réplique du Santa Maria

Produits locaux

Marché

Parc

Michel et sa mère Suzanne

Panorama à Porto Moniz

Bougainvillier

Les toboggan de Monte

Poinsettia