ANTILLES  La Martinique

26 février (~37 milles)

Très belle navigation au près serré en direction de la Martinique. En tirant plusieurs bords le long de la côte, nous réussissons même à nous rendre à la voile jusqu’à l’entrée du Marin. Devant Sainte-Anne, nous attrapons un véliplanchiste à la ligne, mais il réussit à s’échapper. On rentre la ligne en vitesse avant d’en prendre un autre!

À peine mouillés près de nos amis du Windstar, David et Louva nous invitent à bord pour déguster quelques merveilles qu’ils viennent d’acheter.

 

La Martinique

Située entre la Dominique et Sainte-Lucie, la Martinique est un département français régi par mêmes lois sociales que la Métropole, la France. Sa superficie plutôt modeste de 1080 km2 en fait tout de même la plus grande île des Petites Antilles.

La Martinique a été découverte par Christophe Colomb en 1502, mais sa colonisation n’a commençé qu’un siècle plus tard, car les Caribes ont opposé une farouche résistance aux envahisseurs européens. Ici, l’esclavage débuté en 1648 a été aboli en 1894 pour être réinstauré par Napoléon Bonaparte en 1802. C’est à Victor Schoelcher qu’on doit son abolition en 1848.

 

27 février

Formalités agréables et d’une grande simplicité, puis petit déjeuner au café du coin avec David et Louva. Après sept mois de Portugais, d’Espagnol, d’Anglais et de Créole, ça nous fait tout drôle d’entendre du français partout autour.

Docteur David réussit à guérir notre ordinateur  malade en lui faisant cracher le morceau. Plus question d’installer de nouveaux logiciels avant de rentrer, c’est trop risqué : sans ordinateur, plus de e-mails du bateau ni de photos. On n’y survivrait pas!

28 février

Balade à terre avec nos amis Américains pendant que Cathy et Gégé, arrivés la veille, se rendent en voiture chez Toshiba dans l’espoir de sauver leur ordinateur.

Les Français trouvent que tout est cher à la Martinique; mais les fromages et le vin reviennent à la moitié du prix demandé chez nous. Il est donc difficile pour nous de résister à ces bonnes choses.

En après-midi, démontons la cadène* d’étai* qui a pris un peu de jeu. Après quinze ans d’utilisation, il est bien normal que les choses bougent un peu. On constate que la base de la cadène s’est enfoncée dans le bois. Solution : ajouter une plaque d’acier inoxydable sous la cadène pour répartir l’effort. Rendons ensuite visite à deux bateaux qui se sont manifestés à la radio du matin. D’abord Firefly, que nous avions tenté de joindre depuis Bequia à la demande de Jacques Vincent, puis Monte Cristo, dont le capitaine se souvient avoir croisé Michel sur le Fleuve Saint-Laurent il y a près de 12 ans.

Cadène Oeil de métal auquel on fixe un câble destiné à retenir le mât. 
Étai
Câble reliant le haut du mât à l'avant du bateau.

29 février

Visite du chantier et des puces nautiques pour trouver un morceau d’inox. Finissons par en trouver un à la boutique du soudeur. Reste maintenant à découper la plaque aux bonnes dimensions.

1er mars

Gégé aide Michel à percer la plaque d’inox découpée la veille. Après quelques ajustements, remettons la cadène en place en assoyant la plaque sur un mastic epoxy, et scellons le tout au Sikaflex. Le travail terminé, on passe saluer l’équipe de La Sibylle (Philippe, Gaelle, Alexandre, Quentin et Perrine) qui aimerait bien étirer son voyage jusqu’au Québec.

2 mars

Notre tournée en ville coïncide avec la parade des enfants du Marin. On dit ici vidé, peut-être parce que les parades vident les maisons! Les grands défilés du Carnaval se déroulent chaque année dans des villes précises, mais chaque commune a ses vidés. Les plus grandes parades sont celles des jours gras.

Le dimanche gras est le grand jour de sortie de sa majesté Vaval entourée des reines et des groupes de Carnaval. Toutes les couleurs sont permises; originalité, créativité et humour sont de mise.
Le lundi gras est le jour des « mariages burlesques ». Les hommes se déguisent en femmes et les femmes en hommes.
Le mardi gras est le jour des diables rouges.
Le Carnaval se termine le mercredi des cendres, jour où la population accompagne Vaval pour un dernier tour de ville avant de l’incinérer.

Grand dîner et charmante soirée chez Mauna Loa en compagnie de David , Louva et Alain du SaraJane.

3 mars

Rien de particulier si ce n’est qu’on accouche enfin du chapitre Sainte-Lucie de notre livre de bord.

4 mars

Passons la soirée chez Krapulax. Au menu : une délicieuse conserve « bateau » de thon pêché entre Bequia et St. Vincent. Alain et Josette, qui ont pêché une bonne dizaine de beaux poissons (thons et daurades coryphènes) en venant du Cap-Vert, nous livrent quelques secrets. Ils en sont à leur deuxième voyage aux Antilles depuis Dunkerque, où ils ont construit eux-mêmes leur magnifique bateau d’acier.

5 mars (~2 milles)

Retrouvons avec joie nos copains du Nez rouge. En se rendant à leur ponton, nous découvrons que les palétuviers « sentent des pieds ». Partis du Cap-Vert une dizaine de jours après nous, ils ont dû renoncer à la Barbade suite à un grave ennui de moteur. Maintenant, tout semble rentré dans l’ordre. Ils prévoient même nous suivre à Sainte-Anne, où nous partons rejoindre Mauna Loa et SaraJane.

Le Carnaval bat son plein et la nuit est perturbée par une musique d’enfer qui se poursuit jusqu’à 3 h du matin.

6 mars

Un rendez-vous manqué nous fait traîner au bateau jusqu’à 11 h. Changement de programme : nous partons découvrir les environs à pied. Au bout de quelques heures, un regard un peu trop insistant, probablement inoffensif, nous enlève le plaisir de continuer. Notre mauvaise expérience à Sainte-Lucie refait surface... Au retour, nous aidons le copain Alain à nettoyer sa coque. Avec l’entraînement que nous avons, c’est une vraie partie de plaisir, surtout qu’il y a une peinture antisalissures.

Carnaval oblige, on se tape une autre nuit infernale.

7 mars (~16 milles)

Une belle sirène vient nous rendre visite au bateau. C’est Chantal de Nez rouge qui vient nous conter ses malheurs. Le nouveau moteur qui vient tout juste d’être installé demande un changement d’hélice, qu’il faut faire venir de France. Ils seront donc cloués à Marin pour au moins trois semaines encore.

Partons avec Mauna Loa en direction de la capitale, Fort-de-France, pour assister le lendemain à la parade finale du Carnaval. Arrêtons en fin d’après-midi à la Grande anse d’Arlet pour y passer la nuit. Comme l’eau est magnifique, nous prenons le temps d’aller explorer les coraux qui sont ici en bien meilleur état qu’ailleurs. À peine revenus au bateau, nous avons le plaisir de voir notre deuxième sirène de la journée. Dominique et son mari Jean-Marc, du catamaran suisse Tatanka, étaient à l’île de Sal en même temps que nous. C’est toujours bien excitant de revoir des copains de parcours, surtout après une longue traversée.

Troisième nuit à subir la musique du Carnaval, qui dure cette fois jusqu’à 4 h du matin.

8 mars (~5 milles)

Nous arrivons à Fort-de-France assez tôt pour avoir le temps de visiter la ville avant le défilé. De loin, l’endroit est magnifique, mais quel choc en arrivant à terre! Malgré l’atmosphère de carnaval, la ville est désolante. Le grand parc de la Savane est laissé a l’abandon, les rues sont sales, les vitrines des commerces placardées ou protégées par de lourds systèmes antivol… rien de très rassurant quoi! C’est bien parce que Gégé connaît le coin qu’on en fait le tour. Cela nous permet aussi de trouver un bon endroit d’où suivre la parade sans crainte. Le défilé est finalement très familial et plutôt intéressant à voir. Tous les participants sont vêtus de noir et de blanc, ainsi qu’une bonne partie du public, car c’est jour d’enterrement. Par chance, nous sommes ancrés juste devant la plage où sera brûlé Vaval. La soirée se finit donc en douceur et en sécurité au bateau.

9 mars (~16 milles)

Allons faire des provisions à terre, puis partons vers le nord de l’île pour mouiller dans la baie de Saint-Pierre, au pied de la montagne Pelée.

10 mars

Le plateau d’ancrage est assez restreint et les grandes rafales nous obligent à ajouter une deuxième ancre. Autrement, impossible d’aller à terre.

Saint-Pierre était jadis le centre culturel et social de la Martinique, mais la ville a été entièrement détruite lors de l’éruption de la montagne Pelée en 1902. Bilan : 30 000 morts, un seul survivant (le prisonnier enfermé au cachot de la prison locale). Certains attribuent ce désastre au mauvais sort jeté par les Caribes. Comme la ville a été reconstruite sur les ruines de l’ancienne, on voit encore une partie des monuments de l’époque.

11 mars

Belle promenade en montagne sous la pluie.

Aujourd’hui, c’est au tour de Gégé à s’inquiéter de l’ancrage. Mais en faisant l’inventaire du fond, il constate avec grand plaisir que son ancre principale est solidement coincée sous un bout de rail. Il trouve aussi plusieurs trucs très lourds dont une ancre de cargo à laquelle nous nous attachons. C’est réglé; nous pourrons aller ensemble à terre demain, sans crainte de chasser.

Fait cocasse de la journée : 9 petits poissons argentés sautent sur le pont en essayant d’échapper à leur prédateur.

12 mars

La première personne à qui nous demandons la route à suivre pour atteindre la montagne Pelée nous mène en voiture à Morne Rouge, située au haut de la montagne voisine. C’est de là que nous partons pour notre ascension. Mais la pluie, le vent et la brume nous arrêtent après 5 km au parking de l’Aileron, dernier point d’où partent les pistes vers le sommet. Le terrain boueux nous empêche aussi de suivre le sentier des Gorges de la Falaise. Notre retour jusqu’à Saint-Pierre se révèle toutefois des plus intéressants. D’abord, nous avons droit à la visite d’un jardin privé de fleurs et de fruits. Le propriétaire, à qui nous demandions simplement le nom d’un arbre fruitier (goyavier), est particulièrement fier de nous montrer une liane de jade en fleur. On le comprend bien; c’est absolument spectaculaire. La route nous mène ensuite à longer une bananeraie sévèrement abîmée. On dirait que les plants les plus exposés se sont tout simplement effondrés sous le poids des fruits. Il faut dire qu’ici, contrairement à Madère et aux Canaries, on n’installe pas de tuteur sous la hampe qui porte le régime. Mais l’épicerie ne fait qu’ouvrir ses portes. Un peu plus loin, c’est un papayer chargé de fruits qu’on enjambe… ici et là, quelques pamplemousses bien mûrs, et des prunes cythères. La route est aussi bordée de bambous géants, de fougères arborescentes et d’arbres chargés de broméliacées, d’orchidées et autres épiphytes.

Et dire que chez nous, on en est au temps des sucres.

13 mars

Pour la première fois du voyage, nous nous offrons un tour d’île en voiture. Ça tombe bien parce que les 17 km parcourus à pied la veille se font sentir; les pattes nous le rappellent chaque fois que nous sortons de la voiture. Comme il fait très beau, Gégé prend le temps de refaire la route d’hier pour nous permettre d’admirer les points de vue. Puis nous allons d’une côte à l’autre en nous dirigeant doucement vers le sud pour voir le soleil se coucher sur les Salines.

14 mars (~35 milles)

Le bureau des Douanes de Saint-Pierre est encore fermé. Tant pis pour les formalités!

Partons vers la Dominique sous un vent du nord-est, faible au départ mais assez soutenu par la suite (25 nœuds et plus). Voile très sportive au près bon plein* sous foc* et grand voile réduite. Il fait très beau, mais on se fait saler, particulièrement dans le passage entre les îles.

Près bon plein Allure où le bateau recoit le vent par l'avant.
L
e foc est la voile d'avant la plus couramment utilisée. Sur La forêt d'eau, il couvre 80 % du triangle avant.

Arrivons en fin d’après-midi devant Roseau, la capitale. L’endroit n’est pas particulièrement attrayant, mais il est trop tard pour aller plus loin. L’île très montagneuse, sauvage et primitive réveille nos craintes. On se donne la nuit pour y réfléchir.

15 mars (~40 milles)

Cathy et Gégé ne tiennent pas plus que nous à visiter la Dominique. Nous convenons donc de partir vers les Saintes, en gardant l’option de faire un arrêt au nord de la Dominique. Avant de partir, on remercie chaudement Pancho, le patient, souriant et charmant boat-boy qui s’est occupé de nous. Au commentaire de Michel « I hope everybody in Dominique is just like you » il répond poliment « I’m sorry, but I’m afraid not. »

Il vente aussi fort que la veille, sinon plus, et la navigation sous le vent de l’île est ponctuée de fortes rafales. Puis, alors qu’on passe à l’ombre d’un des hauts sommets de l’île et qu’on perd tout notre vent, on aperçoit une baleine à bosse, la première que Michel voit de près en 15 ans de navigation. De loin, on aurait dit une chaloupe renversée flottant en surface. Au risque de se faire frapper, elle prend tout son temps pour passer devant nous. Nous voyons clairement ses grandes nageoires latérales blanches et son museau en cornichon couvert de bosses. C’est donc bien une jubarte. Trop absorbés par l’apparition, on en oublie de ralentir pour l’observer plus longtemps.

Et le vent reprend de plus belle. Encore une journée à se faire saler par la mer, mais quelle navigation! Un foc et trois ris* dans la grand voile, c’était presque trop. Si nous avions eu un quatrième ris à prendre, nous l’aurions probablement fait.

Le ris fait référence à un système de réduction de la surface de voile exposée au vent. À trois ris, la grand voile est à son plus petit.

Jetons l’ancre devant le Bourg des Saintes après huit heures de navigation. Ouf!

Départ de Sainte-Lucie

 

Le Marin

 

Dîner sur Mauna Loa

 

Saint-Anne

 

Côte sud

 

Cap Diamant

 

Fort-de-France

 

Le Carnaval

 

Arrivée à Saint-Pierre

 

Montagne Pelée

 

Balade en montagne

 

Spectacle à Saint-Pierre

 

Route menant à Morne-Rouge

 

Le cachot

 

Liane jade

 

Gégé, Martine et Cathy

 

Côte est

 

Coucher de soleil aux Salines

 

La Dominique

 

Une jubarte

 

Le Mauna Loa