ANTILLES  Saint-Martin

Saint-Martin

Saint-Martin, l’île aux deux visages, d’un côté français, de l’autre hollandais, n’est que contrastes. Au nord, on vit à l’européenne, avec vins, fromages, pâtés et baguettes; au sud, à l’américaine, avec Coke, fromage cheddar et pain tranché. Tous les appareils  électriques fonctionnent en 220 V au nord, et se paient en francs français, tandis qu’au sud, c’est en 110 V et en dollars US que ça se passe. Dans les deux cas, il y a surabondance de touristes et quasi absence de chômage. Le coût de la vie est très élevé partout, bien que Saint-Martin ait un statut de port franc (sans droits de douane ni taxes) depuis 1939.

 

8-9 avril (98 milles)

Superbe traversée vers Saint-Martin. L’ennui, c’est que nous n’avions pas prévu filer à cette vitesse. Pour arriver de jour, il aurait fallu partir trois heures plus tard d’Antigua. Mais tout se passe bien, grâce au GPS. Jetons l’ancre dans la baie de Philipsburg à 4 h 30 du matin.

Le mouillage de Philipsburg est peu fréquenté par les plaisanciers. C’est probablement parce que les Hollandais imposent des frais de séjour. Ce n’est pas le cas du côté français. Mais la baie est très belle et l’eau magnifique, pour qui aime les fonds de sable. La ville n’a toutefois aucun charme. Ce n’est qu’une enfilade de restaurants et de boutiques spécialisées offrant bijoux, parfums, porcelaines, matériel électronique et vêtements griffés, hors taxes, bien sûr.

 

10 avril (4 milles)

On apprend au Réseau du matin que Montréal a reçu 42 cm de neige depuis hier. C’est tout un contraste parce qu’ici, au cœur de notre baie encaissée dans les montagnes, il fait tellement chaud qu’on se croirait au foyer d’un miroir parabolique.

Un deuxième tour en ville nous permet de trouver LE bouquin bateau dont Michel rêve depuis Madère : Nigel Calder, Boatowner’s Mechanical end Electrical Manual. Souhaitons que l’ouvrage se révèle un heureux complément au Gravol pour la traversée vers New York. Passons en après-midi à Simpson Bay, toujours du côté hollandais, mais un peu plus à l’ouest.

 

11 avril (10 milles)

Comme on nous a déconseillé de traverser l’île par le lagon intérieur, c’est en contournant la pointe ouest à la voile que nous gagnons la grande baie de Marigot, capitale française de l’île. Il y a près de 150 bateaux au mouillage, mais nos amis du Pierre de Lune II sont malheureusement partis la veille.

En soirée, on reçoit deux messages inquiétants de la mère de Michel qui veut absolument nous parler. L’expédition à terre est des plus frustrantes, car il faut ici un œil bionique et une patience d’or pour loger un appel après le coucher du soleil. Première frustration, le mode d’emploi des téléphones publics que nous trouvons sur la place du marché est affiché tellement haut qu’on a du mal à lire le texte, qui n’est évidemment pas éclairé. Deuxième frustration, les appareils fonctionnent uniquement à partir d’une carte à puce ou d’une carte de crédit; nous n’avons ni l’une, ni l’autre. Flairant une bonne affaire, un inquiétant personnage, sourd et muet, vient faire son petit manège avec des cartes probablement volées. On patiente un peu, mais lassés de n’y rien comprendre, on traverse à un restaurant pour demander de l’aide. On nous dirige alors vers un café équipé d’un téléphone à pièces. Troisième frustration, impossible d’obtenir une ligne vers l’extérieur. Croyant l’appareil défectueux, le garçon du bar nous prête sa carte à puce et nous conseille d’essayer à nouveau à partir d’un téléphone public. Pas de chance, ça ne fonctionne pas non plus. Le problème, c’est que les lignes outremer sont congestionnées par les appels sur l’île même, entre les côtés français et hollandais. À cette heure ci, le reste des lignes serait monopolisé par l’Internet.

Finalement, c’est grâce au amis du Réseau que nous réussissons à rejoindre Montréal. Pas de panique, tout s’arrange. C’est demain que nous récupérons notre maison. Au fait, on ne vous l’avait pas dit mais avant de partir, nous avons fait une gaffe monumentale en louant notre maison. Pour les premières personnes qui s’y étaient intéressées, nous avions bien sûr fait enquête pour savoir s’ils avaient les moyens de payer, et pour s’enquérir de leur réputation. Après tout, c’est dans notre maison et nos meubles que ces gens allaient vivre toute l’année. Par contre, comme la maison n’était toujours pas louée une semaine avant le départ, c’est avec moins de rigueur (grave erreur!) que nous avons accueilli Lise et Daniel à qui nous pouvions louer juste avant de partir, ce qui nous évitait de passer le fardeau de la location à Olivier et Suzanne, fils et mère de Michel. Ces gens s’exprimaient bien, nous regardaient dans les yeux, étaient d’accord avec nos conditions et surtout, nous inspiraient confiance. Tant pis pour l’enquête de crédit, on accepte leurs chèques, dont un pour le dernier mois de l’année payé à l’avance en garantie.

C’est malheureusement un fardeau bien plus lourd que nous avons laissé à nos proches en louant la maison à ces escrocs professionnels. Il aura fallu des chèques sans provisions, des promesses non tenues, des comptes abusifs, des rendez-vous éternellement remis et des aventures rocambolesques pour comprendre la vraie nature de nos locataires. Après une série de démarches laborieuses et une comparution à la Régie des loyers, Olivier et Suzanne obtiennent les quatre premiers mois de loyer, puis plus rien. Deuxième comparution à la Régie : à défaut de loyer, ils obtiennent cette fois l’autorisation d’évincer les locataires. Démarches auprès d’un huissier pour appliquer le mandat d’éviction. Pendant ce temps, d’autres victimes du couple infernal réussissent à faire mettre Lise sous les verrous (Lise et Daniel auraient apparemment arnaqué plus de 50 personnes). Le jour de l’éviction, il ne reste d’eux que le chien qu’ils ont abandonné derrière.

La maison est dans un état plutôt prévisible… Olivier est toutefois soulagé de voir qu’autant les locataires se sont efforcés de salir la maison, autant nos proches s’empressent de venir la nettoyer. Quelle chance nous avons d’être si bien entourés!

Bien que formatrice, c’est certainement le genre d’expérience pratique qu’on ne souhaite à personne. Merci à Olivier et Suzanne ainsi qu’à tous nos proches. Merci aussi à Jean-Marie et à Jean-Yves, collègues radioamateurs, qui nous ont permis de communiquer directement du bateau à la maison par les ondes.

Et dire qu’on ne voulait déranger personne!

 

12 avril

Une journée mémorable, car c’est aujourd’hui que nous avons le plaisir de rencontrer Jocelyne et Jacquelin du Calbodine! Sans jamais les avoir croisés, nous entendons parler d’eux depuis fort longtemps. À l’image de Saint-Martin, voilà un couple haut en contraste auquel on ne peut rester indifférent. D’un côté, Jacquelin l’observateur posé, jetant un regard réfléchi et subtil sur le monde depuis sa fenêtre personnelle; de l’autre la bouillonnante Jocelyne, hyperactive déchaînée jetant son dévolu sur tout de qui est électricité, mécanique, entretien et réparation. Une vraie mine de renseignements pour « tout ». Jamais n’a-t-on rencontré de couple aussi hétéroclite et fascinant à la fois.

 

12 au 20 avril

Saint-Martin représente pour plusieurs la fin du grand périple avant le retour vers la maison. C’est ici qu’on s’accroche les pieds, qu’on fraternise, qu’on salue les copains de voyage et qu’on se prépare à la dernière grande traversée.

Notre court séjour à l’intérieur du lagon pour faire le plein de diesel et d’eau a été troublant du fait qu’il y a encore ici des traces déchirantes du passage de l’ouragan Lenny. Avec sa permission, voici le texte intégral de notre ami Pierre Lefebvre (Pierre de Lune II) qui décrit avec brio l’horreur de l’événement.

L'Enfer au Paradis

Depuis notre arrivée en Guadeloupe, j'ai fait allusion de temps à autre à l'ouragan Lenny. Ce n'est qu'à Saint-Martin que j'ai réalisé toute l'ampleur du désastre. Jusqu'ici nous n'avions constaté que des dommages matériels sur les routes, les maisons et les plages. Mais le spectacle n'avait rien d'exceptionnel puisque la télévision et le cinéma nous apportent quotidiennement ce genre de visions. C'est peut-être mon cœur de marin qui a été touché en voyant ces mâts sortant des eaux du lagon, ces voiliers démâtés avec tout leur gréement pêle-mêle sur le pont, ces coques égratignées, bosselées ou même perforées. C'est surtout mon cœur d'ami qui a été chamboulé par le récit de Monique et François, pourtant des marins confirmés par 3 transats (François étant aussi retraité des sous-marins de la marine française). C'est par leur expérience vécue à bord de Vindilis que je vais tenter de vous raconter comment un Paradis peut devenir un Enfer.

Pour comprendre (peut-on vraiment comprendre si on ne l'a pas vécu?), rappelez-vous la tempête de verglas. Ceux qui habitaient dans le Triangle de glace ont vécu un mois éprouvant. Certains, comme nous à Boucherville, ont manqué d'électricité une dizaine de jours. Ils sont passés au travers d'une expérience pas trop pénible qui pouvait même s'avérer enrichissante sur le plan humain. Les autres, même s'ils suivaient la situation de près, ne pouvaient s'imaginer l'ampleur du drame tant qu'ils n'étaient pas venus sur les lieux constater par eux-mêmes la situation. La même comparaison s'applique aux gens du Saguenay avec leur inondation. Si les statistiques vous intéressent, rappelons que Lenny est un ouragan de force 5 (sur une échelle de 5). Il se classe au rang de Hugo, Luis, George et Mitch. La pression est descendue à 929 hectopascals (hP) (en comparaison, une dépression chez nous descend rarement sous les 1000 hP et un anticyclone monte vers les 102  hP). Les vents soutenus atteignaient 130 nœuds (240 km/h) avec des rafales mesurées à 160 nœuds (196 km/h); on a rapporté des rafales estimées à plus de 350 km/h).

Prélude  Samedi matin, une dépression se forme au S-W de la Jamaïque. Dimanche, les vents dépassent 45 nœuds. La dépression devient tempête : on la baptise Lenny. Elle joue une valse hésitation : elle se déplace en rond en passant de force tempête à dépression, à ouragan, à tempête... À Saint-Martin, la vie continue. - L'Amérique centrale va encore écoper. - Pauvres eux-autres, 2 en 2 ans... - Au pire, c'est la Jamaïque ou Cuba qui vont l'avoir. Pas nous.

Incrédulité  Lundi matin, Radio-France Internationale annonce que l'ouragan Lenny se déplace vers la Martinique. - C'est impossible, la saison des ouragans est terminée officiellement depuis le premier novembre! - Ils sont mêlés. - Voyons. Tout le monde sait que les ouragans se déplacent vers l'Ouest ou le Nord-Est. Pas vers l'Est...

Mardi, la météo annonce un autre changement de trajectoire : Lenny vient sur Saint-Martin. La nervosité s'installe. - Vient-il vraiment par ici? - Espérons qu'il changera encore de direction.

Alerte  Mercredi matin, l'ouragan se dirige bel et bien sur Saint-Martin. Le préfet donne l'alerte. Toutes les activités quotidiennes cessent. On se prépare. Sur terre, on évacue les hôtels et les résidences en bord de mer. On crée des centres d'hébergement. On fait des provisions (les épiceries se vident en une heure). On range tout ce qui peut partir au vent. Sur l'eau, on s'active autant. Certains bateaux se sauvent au Sud (surtout les catas, plus rapides). La saison vient à peine de commencer :  il y a encore peu de plaisanciers dans le lagon. Des bateaux arrivent des îles avoisinantes pour se protéger dans le lagon qui est le seul endroit considéré comme trou à cyclone dans les environs. Les chantiers sortent le plus de bateaux possible. Ils les placent dans des trous creusés jusqu'à la quille : c'est plus stable et ça diminue la surface exposée au vent. François et ses confrères de travail sortent les 3 vedettes (type Boston Whaler) de la compagnie. Ils barricadent portes et fenêtres. Ils déplacent le voilier du patron (en voyage en Europe pour acheter un autre bateau...) et l'ancrent dans une baie plus petite. Pendant ce temps, Monique déshabille Vindilis. Elle enlève tout ce qu'elle peut (voiles, jerrycans, pavillons...). Elle applique du ruban gommé (graytape) sur les hublots pour empêcher les éclats de voler s'ils se brisent). Au dîner, on mange sans appétit. La chaleur et l'humidité sont insupportables : aucun vent. Le soleil de plomb traverse une faible couche de nuages gris. Les frégates, qui volent habituellement à une trentaine de mètres dans le ciel, rasent l'eau du lagon. En après-midi, on déplace Vindilis dans une très petite baie au nord du lagon (avec 2 catamarans et 4 monocoques, la baie de 40 m X 50 m est pleine). François enlève les panneaux solaires et abaisse la bôme. Monique range tout dans la cabine avant : on peut à peine bouger dans le carré ou la cabine arrière. François installe 2 ancres à l'avant et 2 sur l'arrière. Suivant les conseils d'un copain qui a subi Luis dans cette même baie, il tisse une toile d'araignée autour du voilier. Tous les cordages sont utilisés (aussières, drisses, écoutes...). En tout, 11 aussières retiennent Vindilis à la terre : - Mieux vaut risquer d'égratigner la coque que de perdre le bateau au milieu du lagon. Le maître du port ferme le lagon (pour Luis, on a reproché le manque de sécurité causé par le trop grand nombre de bateaux). Les retardataires ne pourront plus entrer. Dans le lagon, on s'ancre comme on peut (plusieurs ancres, le plus long de câblot possible, un peu d'eau bénite et une prière à Sainte-Anne, patronne des marins...) sans savoir dans quel sens viendra le vent. Tout est prêt. On ne peut rien faire de plus. C'est l'attente interminable, angoissante.

Couvre feu  Le préfet ordonne le couvre-feu : interdiction de sortir de façon à prévenir les accidents et le pillage. Vers 23 h, le vent monte rapidement. Il commence à pleuvoir des cordes. La nuit est noire, étouffante. Très vite la pluie devient horizontale, le bruit infernal. Monique nous dit : - L'ouragan fait le même bruit que l'Airbus d'Air France qui décolle tous les jours à 500 m de nous. On dort peu. On vit minute par minute. On attend. On espère que tout va tenir sans briser. De temps à autre François sort pour s'assurer que tout va bien et pour donner du mou aux cordages car l'eau monte. C'est dangereux : le pont est glissant et toutes sortes d'objets volent (tôles de toit, branches d'arbres, chaises de jardin...). Dans le lagon, espèce de lac de 2 km sur 5 km, le courant atteint 6 nœuds (11 km/h). Tout le monde écoute la radio... tant que les antennes tiendront le coup. À bord des bateaux, on écoute la VHF, c'est la solidarité des marins. On se parle peu, mais on est moins seuls. De temps à autre, on sert de relais entre 2 stations. François relaie ainsi une transmission entre le Centre de sauvetage (COSMA) et le canot de la gendarmerie. Au risque de leur vie, dans une mer démontée, ces hommes évacueront les équipages des 2 voiliers 3 mâts ancrés dans la baie du Marigot.

L'œil  Jeudi, 17 h 40, le vent tombe d'un seul coup : c'est l'œil. Soudain, plus de bruit. Pas de vent, pas de feuille, pas d'oiseau, pas d'insecte : rien. Les oreilles bourdonnent encore dans ce silence de mort. Un rayon de soleil perce les nuages. Puis, une apparition : l'avion du centre de recherches sur les ouragans américain survole l'île. On sait que le répit sera de courte durée. On inspecte toutes les amarres. On protège les endroits ou ça rague (frotte). Un voilier à l'entrée de la petite baie décide de s'inverser : le propriétaire suppose que le vent reprendra dans le sens inverse et il veut présenter l'avant du bateau au vent.

ÇA RECOMMENCE  À 18 h 25, après 45 minutes de calme, le vent reprend. Il souffle presque instantanément avec toute sa force : on est dans le quartier le plus fort de l'ouragan. L'eau s'infiltre partout, même par les joints des hublots rendus étanches le mois précédant. Malgré la chaleur étouffante, on garde tout fermé. On ne mange pas. On boit à peine. Bambou, la chienne Labrador, vient chercher une caresse de temps à autre. Elle sent le danger. Vers minuit, c'est le drame. Le bateau, inversé au passage de l'œil, chasse. François part le moteur. Un bout (prononcer "bout" de corde) vient se prendre dans l'hélice. Presque au même moment, son voisin chasse à son tour et prend aussi un bout dans l'hélice. Les deux dérivent vers Vindilis : si on ne fait rien, on risque de perdre les 3 bateaux. François, ancien homme-grenouille à bord des sous-marins, plonge dans une eau jaune (est-ce encore de l'eau?) pleine de débris. Il réussit à déprendre les hélices. Le skipper du deuxième bateau panique. Il ne contrôle plus son bateau. On doit l'aider. Il faudra 3 heures interminables pour sécuriser les deux voiliers. L'ouragan stagne. Il hésite. Enfin, vers le milieu de l'après-midi, il se dirige vers Saint-Barth en faiblissant. - Reviendra-t-il sur Saint-Martin? - Perdra-t-il de sa force ou au contraire reviendra-t-il aussi violent ? Les vents diminuent. L'ouragan redevient une tempête tropicale. La mer reste déchaînée avec des creux de 8 à 10 m. La tempête s'éloigne dans l'Atlantique, rapidement vers le Nord-Est, selon une trajectoire plus normale. Samedi après-midi, le préfet lève le couvre feu. Bambou peut enfin aller à terre. Elle court comme une folle, heureuse que tout soit terminé. Les iguanes sortent au soleil et grignotent des restants de feuilles : c'est fini. Fini? Non! Partout, c'est la désolation. On constate les dégâts. Certains ont tout perdu (surtout ceux qui ne sont pas assurés). L'heure est au bilan.

BILAN  Le bilan officiel pour Saint-Martin : 17 morts, 140 bateaux coulés ou endommagés (presque la majorité des bateaux présents dans le lagon), 5 bateaux portés disparus en mer. Des millions de dollars en dégâts. Dans le lagon, des dizaines de bateaux coulés. De ci, de là, un mât dépasse, une tache blanche indique la présence d'une coque. Tout autour, sur les plages, des dizaines d'autres s'entassent pêle-mêle comme pour indiquer la fin d'une partie de domino tragique. Les vents n'ont frappé que Saint-Martin et Saint-Barth. À Saint-Kitts (à peine 85 km au Sud) les vents n'ont pas dépassé 40 nœuds (75 km/h). Par contre, Sainte-Lucie et la Martinique (plusieurs centaines de kilomètres au Sud) ont vu des vagues de 8 m frapper leurs rivages. La houle s'est fait sentir jusqu'au Venezuela...Comme Lenny arrivait de l'Ouest, il a ravagé des côtes normalement protégées. Dans toutes les Antilles, les bancs de coraux sont abîmés ou détruits. Des plages ont disparu. Il a démoli des maisons vieilles de 60 ans en Guadeloupe : - C'était la première fois que la vague les atteignait. - On n'avait jamais vu ça.

DRAMES  Histoires heureuses, histoires malheureuses : chacune porte un drame en elle. Durant le plus fort de la tempête, un couple annonce sur VHF qu'il quitte son bateau en train de sombrer dans le lagon : on ne retrouvera jamais leurs corps. Un homme, plus chanceux, réussira à gagner la terre. Il se cachera, assis en boule, derrière un mur durant des heures interminables. Un bateau qui n'a pu être monté à terre, quitte le lagon. Les vagues le frappe entre Saba et Saint-Kitts. Il coule. Le skipper ne sera jamais retrouvé. L'équipier, qui portait un "wet suit" pour se protéger du froid (il n'a pu récupérer les harnais gonflables dans la cabine immergée), dérive 18 heures de temps. Il pense que le courant le dirige vers Saba. Il atterrit sur une plage de Saint-Barth : quelques milles au Nord ou au Sud et il se retrouvait en plein Atlantique. Un copain de François reste seul dans son bateau à l'ancre dans le lagon (sa femme et son jeune fils sont réfugiés dans un endroit sûr à terre). Durant 10 heures, il réussit à étaler l'ouragan en soulageant ses 4 ancres avec le moteur. À peine deux heures avant que les vents ne diminuent, un bout se prend dans l'hélice. Les ancres dérapent. Le bateau vient s'échouer le long du pont qui bloque l'entrée du lagon. Le bateau en aluminium perd un de ses mâts. Ils subit des milliers de dollars de dommages. Colin, calmement, amarre l'épave puis va rejoindre sa famille à terre. Des marins récupèrent ce qu'ils peuvent à bord de leur bateau. Ils vendent tout, même le voilier, pour rentrer en France. Certains, sans assurance, laissent leur voilier au fond du lagon et quittent cette île de malheur. Tant pis si le gouvernement les poursuit pour tenter de récupérer le coût de l'enlèvement de l'épave .Le stress provoque une dizaine d'accouchements prématurés. Les dames ont dû être évacuées en Martinique par des avions militaires : les hôpitaux de Saint-Martin ne pouvant les accueillir sans eau ni électricité. Il n'y a plus d'eau sur l'île : l'usine est endommagée. Il n'y a plus de vivres frais. C'est l'heure des profiteurs. Un magasin vend ce qui lui reste d'eau embouteillée 30 FF (7 $ can) le litre. La gendarmerie interviendra pour faire entendre raison à ce descendant de pirate. Heureusement, il n'y a pas que des profiteurs. Les pêcheurs s'organisent. Ils remettent de nombreux bateaux à flot pour pouvoir libérer le lagon. L'aide arrive de partout. L'armée dépêche, de Martinique, de l'eau et des vivres dès la réouverture de l'aéroport. Monique et François reçoivent, de leurs familles en France, une caisse de nourriture. Il y a assez de bons gâteaux bretons pour en donner aux amis.

FAITS COCASSES  La dépression, au centre de l'œil, crée toutes sortes de phénomènes. Ainsi, l'eau du lagon est montée de 2 à 3 mètres (certains disent jusqu'à 8 m). Il n'en faut pas plus pour retrouver un catamaran sur un green du golf. Monique a perdu toutes les conserves qu'elle avait faites : la pression à l'intérieur des pots étant plus élevée que la pression atmosphérique, tous les couvercles se sont descellés. Le même phénomène agit sur les œufs : tous deviennent immangeables. Les deux voiliers 3 mâts, dont je vous ai parlé plus haut, ont dérapé. Ils ont dérivé côte à côte, leurs ancres probablement emmêlées. Leur histoire d'amour se termine en même temps. La garde côtière de la République Dominicaine les a vus, sur les écrans radar, sombrer ensemble près de ses côtes. Il n'y a pas d'oiseau de proie à Saint-Martin. Durant deux semaines après le passage de Lenny, François a observé un couple de faucons. Il ont probablement été entraînés de la République Dominicaine par les forts vents.

SÉQUELLES  Une telle expérience laisse des traces. Plus d'un mois et demi après le passage de l'ouragan, les gens restent agressifs. Plusieurs consultent des psychologues. Monique profitera de notre visite pour retourner dans leur petite baie et chasser les fantômes. Depuis Lenny, Bambou jappe lorsque François revient de travailler. Elle n'a jamais fait ça avant, en 6 ans d'existence. Les chicanes politiques reprennent. La Guadeloupe (dont dépend le côté français de Saint-Martin) réparera ses routes avant d'envoyer ce qui reste d'argent à Saint-Martin. Le député de la Guadeloupe au parlement français se plaindra que les gens de la Métropole reçoivent plus d'argent, per capita, suite aux tempêtes qui ont frappé la France au temps des Fêtes que les Antillais suite à Lenny. Comme disait le professeur au Collège Versailles de Guadeloupe : - cReconstruire après un ouragan, ça fait partie de la vie des Antilles. Ce n'est donc pas étonnant de voir un article de journal local qui demande aux personnes de replanter des fleurs... même si elles seront détruites lors du prochain ouragan.

 

21 et 22 avril (~90 milles)

Chargés de souvenirs, de vin, de fromages et d’autres gâteries, on lève l’ancre vers les Îles Vierges britanniques, poussés par un léger vent du SSE. Douce navigation sous génois tangonné sur une mer peu agitée. Fait amusant, à plus de 20 milles de Saint-Martin, Michel reçoit la visite d’une mouche à feu pendant son quart de nuit. Le lendemain, Léo du Firefly prend contact avec nous par l’intermédiaire du Réseau. Il y a parfois de ces coïncidences…

En route, des frégates et des mouettes à tête noire attirent notre attention sur un banc de dauphins en chasse. On les voit faire des bonds impressionnants hors de l’eau pour attraper leur proie. Martine décroche un cinquième thazard après avoir perdu deux beaux leurres sous les dents de plus gros poissons.

Antigua

 
 
 
 

Une passion naissante

 
 
 
 

Michel

 
 
 
 

Côte sud (hollandaise) de l'île

 
 
 
 

Approche de Simpson Bay

 
 
 
 

Simpson Bay

 
 
 
 

La baie de Marigot

 
 
 
 

Mouillage de Marigot

 
 
 
 

La baie et le lagon

 
 
 
 

Marigot

 
 
 
 

Anse Marcel, au nord


          
 
 

          

Jocelyne et Jacquelin (Calbodine)

 

 

 

 

Normand (Glorina)

 
 
 
 

Brigitte et Danny (Mustang)

 
 
 
 

Sylvie et Pierre (Coquelicot)

 
 
 
 

Bateau que nous a offert Pierre