TRAVERSÉE   Îles Vierges - New York

 

2 mai (39 milles)

Nos amis du Pierre de Lune II, avec qui nous sommes restés en communication par radio depuis les BVI nous rejoignent vers 9 h 30 pour la dernière grande traversée du voyage (îles Vierges/New York - environ 1500 milles). C’est par temps gris avec crachin que s’entame la traversée, d’abord au moteur car il ne vente pas encore suffisamment. Un faible vent nous encourage à lever les voiles vers midi. On confie la barre à Otto, notre pilote électrique. Michel en profite pour faire du pain pendant que Martine installe les lignes de pêche. En fin d’après-midi, un énorme poisson fait un bond prodigieux d’environ 3 mètres hors de l’eau. Il ne nous laissera qu’un hameçon redressé en guise de trophée.

 

3 au 6 mai (302 milles)

Bien que notre destination finale soit New York, nous suivons le cap des Bermudes pour nous éloigner de mauvais temps plutôt fréquent le long des côtes américaines. Nous voguons sous un temps de demoiselle : le vent tient à 15 nœuds ou moins et la mer est peu formée; des conditions idéales, quoi! Et Herb nous annonce du temps comme ça pour plusieurs jours. Le soleil brille, la brise est légère, le bateau avance tout seul sous la direction du régulateur ou du pilote. On dort, on dessine, on lit, on bricole, on cuisine au son de la musique. La mer est d’un bleu envoûtant. Pétrels océanites, quelques mouettes à tête noire, quelques fous masqués, un cargo quotidien, nos amis du Pierre de Lune II, les étoiles dans les haubans, quoi demander de plus?

 

7 au 13 mai (562 milles)

Éole se fait toujours attendre et beaucoup de navigateurs se plaignent du manque de vent… et de carburant. Nous avançons en moyenne à 3 nœuds, mais le petit souffle d’ENE ne nous permet pas de faire route vers les Bermudes. Nous dérivons vers l’ouest malgré nous. Comme nous n’avons pas l’intention d’utiliser le moteur pour autre chose que charger les batteries, nous choisissons de mettre le cap sur New York, maintenant à 932 milles. Nous sommes étonnés qu’il y ait si peu d’algues dans la mer des Sargasses. Nous voyons, par contre, de plus en plus de caravelles portugaises, sortes de méduses qui se déplacent « à la voile » en surface.

Pour une fois, le mal de mer n’est pas au rendez-vous et Michel peut dévorer à loisir ses livres techniques sur la réfrigération et l’électricité du bord. Les communications radio prennent une grande place dans nos journées : Réseau du capitaine le matin, contact météo avec Herb l’après-midi, réseau de Jean-Yves (VE2NOR) le soir, échanges quotidiens avec Jean-Marie (VE2AEY), Normand (VA2GLO) et, par VHF avec Pierre et Lucette qui nous suivent de près. C’est exceptionnel et assez formidable de faire une traversée avec un autre bateau. On sent beaucoup moins l’isolement… et puis c’est chouette d’avoir un feu à suivre la nuit.

 

14 au 18 mai (558 milles)

Herb guide notre approche du fameux golfe Stream dont plusieurs se méfient. Après avoir fait un détour pour éviter un courant contraire (cold eddy), nous prenons le cap suggéré. Nuit inquiétante sous le feu d’éclairs violents alors qu’un premier front nous passe sur la tête. Le lendemain, un deuxième. Herb nous suggère de réduire la voilure pour retarder notre entrée dans le golfe Stream, difficile à négocier par vent contraire. On en profite pour dormir un peu. Le lendemain, on traverse la frontière sans même s’en rendre compte. Le courant est plus fort, certes, et l’eau plus chaude, mais ce n’est pas du tout évident. Après une dizaine d’heures au près sur une mer agitée, le vent nous lâche. Cette fois, on décide de poursuivre au moteur pour s’assurer d’arriver sur la côte avant la forte dépression annoncée pour la région. Une dizaine de dauphins viennent faire des cabrioles autour de nous. La mer est plate et c’est Otto qui barre. On peut donc leur consacrer toute notre attention.

Le vent reprend en matinée et les conditions se détériorent rapidement. Craignant de ne pas arriver à New York à temps, on met le cap sur Atlantic City, la mort dans l’âme, sachant bien qu’on risque d’être cloués là plusieurs jours en attendant que le temps se calme. Douze heures plus tard, on choisit de tenter notre chance. Nous sommes à 122 milles de New York et le pire est à venir, mais le vent portant nous poussera dans la bonne direction. Les derniers 100 milles se font sous un vent de 35  nœuds, avec rafales à 40 et plus. En prime, une vague énorme…  et, pour couronner le tout, un orage de grêle et une pluie diluvienne à notre arrivée.

 
  

 
 
 
 
 
 

Caravelle portugaise

 
 

Sargasses